En attendant Orgambidexka

Cinquième journée au Pays Basque, et le vent ne semble pas vouloir cesser. Il y a toujours des rafales à plus de 70km/h sur les crêtes, et c’est sans doute pire au niveau des sommets. J’ai déjà revisité des lieux familiers plus abrités. C’était certes très agréable de revoir ces endroits, de voir comment ils ont pu changer quand ils ont changé, mais j’ai besoin de renouveau, et je commence à sentir une certaine frustration monter.

Le *F.O.B.O ( crainte qu’il y ait une meilleure option ailleurs) a ce bon côté qu’il vous fait toujours chercher des alternatives. En conséquence, j’avais une liste toute prête de lieux à visiter sans en être véritablement conscient. Il se trouve que j’ai pris cette habitude de noter ces idées dans un carnet, que j’avais eu la présence d’esprit d’apporter dans mes bagages. Ce n’est absolument pas organisé, ça passe d’un sujet à l’autre, mais c’est là que j’avais noté “Bois d’Ostabat”, probablement parce que ce n’était qu’à quelques minutes de ma location. La veille au soir, alors que je me creusais la tête pour trouver une alternative à la crête d’Orgambidexka, l’idée de sortir ce carnet m’est venue.

C’est comme ça que je suis parti pour le petit village d’Harambeltz, point de départ d’une petite boucle d’environ 2h, que j’avais pris soin d’enregistrer dans mon téléphone.

Me connaissant, je savais par avance que ça allait sans doute me prendre le double de temps. Mais pas de souci, j’avais prévu un sandwich et de l’eau.

carte Géoportail parcours Ostabat

Pour créer des itinéraires de marche, j’utilise l’appli de Géoportail. Elle utilise les cartes IGN. Elle est très pratique d’utilisation, et c’est gratuit. L’inconvénient est qu’elle ne fonctionne qu’en France, puisque c’est un site gouvernemental. Elle peut également enregistrer les parcours, et elle permet surtout de se repérer en temps réel grâce au GPS. Le seul défaut est qu’on ne peut enregistrer les cartes, mais en cas de rupture de réseau, une fois votre carte chargée, vous pouvez la conserver à condition de garder l’application ouverte. En revanche, ça consomme de la batterie, donc ça va pour une sortie à la journée mais pas pour un long trek de plusieurs jours.

La zone étant un peu abritée, j’ai pu faire quelques images au drone que vous pourrez voir dans la vidéo. C’était une sortie sans grandes difficultés, à l’exception d’un fort dénivelé avant d’accéder à un plateau qui offre des vues assez sympas près d’une petite chapelle. Finalement, cette alternative à Orgambidexka était plutôt agréable et j’ai quand même pu faire quelques photos. Certes, elles ne sont sans doute pas extraordinaires mais j’en suis satisfait.

Après cette balade d’un peu moins de 4 heures (et oui, je suis toujours aussi rapide 😅), je suis rentré à ma location pour une après-midi de détente. Il fallait aussi que je trouve de quoi m’occuper le lendemain. Comme la météo annonçait encore du vent, il me fallait un endroit qui soit un peu abrité, avec des vues qui me permettraient quand même de faire des photos. Encore une fois, mon carnet s’est avéré fort utile.

Dedans il y avait ces mots : “Dolmen d’Armiaga”. Après quelques recherches, je m’aperçois que ce dolmen est situé près du pic de Béhorléguy. J’avais photographié ce dernier l’an passé mais là, le point de vue et l’angle par rapport au soleil seraient différents, alors pourquoi ne pas m’y rendre avant le lever du jour ? Cette fois encore, ce n’est qu’à environ 30mn en voiture donc, le lendemain, je me mets en route alors qu’il fait encore nuit. Le GPS est vraiment très utile dans ces conditions car pour s’y rendre, passé Lécumberry, il faut prendre une toute petite route sur la gauche (la route d’Ahüzki) qui monte à travers la montagne, en passant par un village isolé, jusqu’à un dégagement où je peux laisser la voiture. J’avais repéré un chemin sur les cartes IGN qui permet de monter au-dessus du dolmen, c’est bien raide comme souvent au Pays Basque mais c’est assez bref. De là-haut, à un peu près 620m d’altitude, je devrais avoir une meilleure vue sur le pic de Béhorléguy. Mais quand enfin j’arrive au sommet de cette petite crête, j’ai beau cherché du regard, je ne vois pas sa forme pyramidale. Je me dis alors qu’il est probablement masqué par cette grosse crête sous laquelle je suis. En fait, comme je l’ai compris plus tard, la grosse crête en question, c’est le pic de Béhorléguy ! Mais vu sous cet angle, j’étais juste incapable de le reconnaître !

Bien qu’étant en dessous de 700m, le vent est encore bien présent, mais le jour se lève déjà, et je n’ai aucunement l’intention de redescendre dans l’immédiat. Je raterais les meilleures lumières ! Je me mets donc en quête de points de vue et de premiers plans à intégrer dans mes photos. Les roches présentes sur la crête me semblent familières, on dirait du schiste rose, comme on peut en trouver sur la côte entre Erquy et le Cap Fréhel. Mais ici, ce sont le vent et les intempéries qui les ont façonnées, et non la mer. Voilà donc un élément qui peut me servir de premier plan, je fais donc quelques photos au grand angle, en les intégrant.

Mais comme toujours, le soleil semble bondir au-dessus des montagnes, et l’heure dorée touche déjà à sa fin. Je décide de sortir le téléobjectif pour capter ses dernières couleurs sur les pentes des montagnes qui m’entourent.

Mais, plus le temps passe, et plus le ciel se couvre. J’ai le sentiment qu’il va pleuvoir, alors je décide de redescendre vers ma voiture. J’en profite pour jeter un œil au fameux dolmen mais la végétation l’a quelque peu submergé et, même s’il reste bien visible, il n’est pas vraiment mis en valeur, surtout avec le grillage qui l’entoure. Je ne m’attarde pas plus longtemps.

Arrivé à ma voiture, je constate qu’un troupeau de brebis me barre la route du retour. J’aurais sans doute pu le traverser mais l’envie de savoir ce qu’il y avait au bout de cette route me poussa à poursuivre dans la direction opposée. J’avais quand même pris soin de vérifier que je n’allais pas atterrir dans un cul-de-sac. Et me voilà parti vers l’inconnu.

Rapidement, la route se fait de plus en plus étroite. A tel point que, si une voiture arrive dans l’autre sens, on ne pourra se croiser. À un moment, je croise un pottock qui me force à ralentir et à repasser la première parce qu’il semble paniquer à la vue de ma voiture, et j’ai peur qu’il ne perde pied et tombe dans le ravin. Bref, je serre les fesses tout le long de la route, jusqu’à la bifurcation qui me permettra de retourner vers Béhorléguy. Et là, je me retrouve sur un plateau entouré de pics (Béhorleguy, Etsula, et Hauskoa). C’est superbe ! Dommage que la lumière ne soit pas au rendez-vous pour faire quelques photos ! Je prends note mentalement de l’endroit, certes l’accès n’est pas aisé mais il mérite d’y revenir avec de meilleures conditions. En fait, il s’agit du col d’Aphanitze. Encore une découverte. La route passe entre les 2 plus hauts pics, pour se jeter vers Béhorléguy (le village). Je dis “se jeter” parce que c’est véritablement le sentiment que j’ai eu. Et c’est reparti pour des kilomètres de route étroite avec quelques lacets. Je ne peux même pas profiter de la vue tant je suis concentré sur la route. La descente vers le village se fait au frein moteur, en seconde, avec le pied sur le frein. À chaque freinage, un bruit inhabituel se fait entendre… Les disques doivent chauffer ! Ma hantise est de croiser un autre véhicule. Et bien sûr ça n’a pas manqué !

En contre-bas, j’aperçois dans un lacet, un petit utilitaire blanc en train de monter. Dès que je vois un dégagement sur ma droite (à gauche c’est la chute), je m’arrête sans attendre que cette voiture soit sur ma portion de route afin de la laisser passer. Je pousse un gros “ouf” de soulagement quand, enfin, je vois le panneau à l’entrée du village.

Dans l’après-midi, le temps se dégrade de plus en plus et la pluie finit par arriver et s’installe. J’en profite pour aller me ravitailler à St-Jean-Pied-de-Port. La pluie semble vouloir faire ses quartiers sur le Pays Basque parce que le lendemain, c’est la même météo : de la pluie et du vent, autant dire que je vais être contraint de faire une petite pause. Mais une fois la pluie passée, j’aurais peut-être une chance d’aller sur la crête d’Orgambidxka. Et c’est bien ce qui s’est produit!

La météo semble enfin me sourire : pas de pluie, le vent est suffisamment tombé pour que je puisse tenir sur mes pieds (la dernière fois j’avais dû rester assis durant tout le temps passé là-haut). J’arrive bien avant le lever du jour sur le parking le plus proche de la crête. C’est toujours aussi raide mais, en plus, le chemin a disparu sous les feuilles mortes. J’avance donc dans le noir à la lumière de ma frontale sans voir le chemin mais bon, tant que ça monte, c’est que je dois être toujours dans la bonne direction. Plus j’avance et plus le ciel devient lumineux, j’ai encore du temps avant le lever de soleil mais il ne faut pas que je traine trop. Au bout d’une demi-heure, j’aperçois enfin la silhouette torturée des hêtres qui bordent la crête. Je commence à sentir un vent froid en provenance du sommet. Encore une fois, ce ne seront pas les conditions les plus confortables mais ça fait trop longtemps que j’attends ce moment, donc il n’est pas question de faire demi-tour.

Depuis ce point de vue, le lever de soleil est vraiment magique.

Pour information, les différents sommets que l’on voit depuis Orgambidexka en regardant vers l’Ouest :

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Vents violents et grosse fatigue