Encore une fois, la météo n’est pas avec moi…
23 avril 2025
Comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessus, ma journée avait commencé bien tôt. J’avais entrepris de retourner au Miradoiro da Miranda dans l’idée de faire quelques photos de la vue avant le lever du soleil. Je voulais tirer profit de l’éclairage public de Cariño pour ajouter de l’intérêt à la vue et, ensuite, de prolonger cette session pendant l’heure dorée jusqu’à ce que le soleil passe la ligne d’horizon. L’idée était de bénéficier de toute la gamme de couleurs du lever du jour.
Au moment de quitter Carińo, j’étais empli d’espoir par le spectacle éblouissant auquel j’avais pu assister la veille, alors que j’étais au phare. Mais voilà, les gouttes qui commençaient à s’accumuler sur mon pare-brise alors que je me rendais à Miranda, ne présageaient rien de bon. Je me rassurais en me disant que le temps en Galice était des plus changeant et que donc, ça n’était en rien rédhibitoire, que la météo pouvait encore évoluer dans le bon sens. Là encore, vous aurez pu peut-être le noter dans la vidéo, j’avais quand même opté pour le pantalon de pluie. On ne sait jamais ! “Better safe, than sorry” comme disent les anglais ou en bon français “ceinture et bretelles” (je préfère l’expression anglaise 😊). Je fais également mention de l’état de la route dans la vidéo, mais je dois dire que si j’avais regardé la carte en détail, je me serais très probablement rendu compte que l’itiniraire que j’avais choisi me faisait passer par une route qui est davantage une voie forestière qu’une véritable route carrossable. J’avais voulu changer d’itinéraire en me disant qu’il serait plus agréable que celui que j’avais empruntée quelques jours plus tôt, mais en fait, c’était l’enfer, surtout de nuit : des ornières tous les 10m, des pans de revêtement avaient totalement disparu par endroit, probablement brisés par les variations de températures et emportés par les précipitations … Bref, une vraie galère !
Après être resté deux heures tout au plus, et fait, malgré les conditions, quelques photos., l’espoir d’avoir de belles lumières était littéralement douché, même si la pluie s’était limitée à une petite bruine peu intense mais constante.
De retour à Cariño, je me suis dit que je pouvais mettre à profit ce début de journée assez moyen en faisant quelques photos de la ville, pour changer. Mais l’atmosphère humide et maussade de cette matinée n’était guère engageante. Après quelques photos du front de mer et une balade dans les ruelles de la vieille ville, j’ai fini par me mettre au sec.
Dans l’après-midi, le ciel s’est enfin dégagé et, bien que la lumière du milieu de journée ne soit pas celle que j’affectionne le plus pour mes photos, je me suis décidé à aller prendre l’air dans les rues de Cariño avec mon boîtier. L’intention était avant tout de découvrir la vieille ville autrement que sous la pluie. Les ruelles bordées de façades colorées auraient certainement plus d’attrait sous cette lumière que ce que j’avais pu voir jusque là. En voici quelques exemples :
Rien de transcendant, mais ça m’a permis de patienter jusqu’à ce qu’il soit enfin l’heure de me rendre au lieu de mon prochain crime photographique : La Praia de Esteiro.
Après avoir fait quelques photos de vagues la veille, j’avais très envie d’en photographier d’autres, mais cette fois en contre-jour aux dernières heures du jour. Je voulais que la lumière les traverse et les illumine. Si en plus, je pouvais utiliser le Cap Ortegal comme arrière-plan, ce serait la cerise sur le gâteau.
Au cours de mes recherches, j’étais tombé sur cette plage à la forme particulière (cf. vue satellite ). Il se trouve qu’une école de surf y est établie, ce qui est plutôt bon signe concernant les vagues ! Et elle est orientée idéalement, avec au loin la silhouette du cap qui se détache sur l’horizon, comme j’avais pu le vérifier quelques jours auparavant, en me rendant sur place pour repérer les lieux. Il ne manquait plus que le soleil pour compléter le tableau, et comme je vous l’ai dit, pour une fois, le ciel semblait enfin vouloir jouer le jeu, donc pas besoin de tergiverser. Et pour couronner le tout, ce n’est qu’à une trentaine de minutes de Cariño. J’avais donc mon programme pour la soirée.
vue satellite
trajet Cariño - Praia de Esteiro
La plage est séparée du parking par une pinède et, comme vous pouvez l’imaginer, les arbres y sont soumis aux vents et aux embruns. Au gré de l’influence des éléments, leurs troncs et leurs branches poussent de manière chaotique, formant courbes et arabesques. Leurs silhouettes tortueuses dans la lumière de cette fin de journée que les embruns rendaient diffuse, m’ont fait m’arrêter pour prendre cette photo :
pinède de la Praia de Esteiro
Ce n’était pas ce pour quoi j’étais là, mais je n’ai pas pu résister …
En arrivant sur la plage, j’ai vite réalisé que je ne pourrais pas vraiment m’approcher : les vagues étaient vraiment grosses et la marée était montante. J’ai pris un peu de temps pour observer comment elles se comportaient, et ce que j’ai vu m’a dissuadé de trop m’approcher : J’avais pris un rocher comme repère, situé entre 5 et 10 mètres de l’endroit où venaient mourir les vagues, que j’ai observé quelques minutes. Il n’a pas fallu longtemps pour qu’une série de vagues le recouvre complètement dans un bouillonnement d’écume.
Premier choix imposé : La distance et donc, la focale à utiliser. J’avais pris mon 100-400mm, donc pas de problème de ce côté. En revanche, l’utilisation de ce dernier vient avec son lot d’inconvénients.
Si un télé-objectif “rapproche”, il amplifie aussi le moindre mouvement. C’est comme vouloir toucher le cœur d’une cible avec une baguette longue de 10m. Le moindre petit mouvement, la plus légère vibration sont démultipliés. Pour contrer ce phénomène, il faut donc augmenter la vitesse d’obturation, ce qui a des conséquences sur l’exposition. C’est la base de la photo, ce que l’on nomme communément “le Triangle d’exposition”
Comme vous pouvez le constater, il n’y a que 3 paramètres sur lesquels on peut agir. En changeant la vitesse d’obturation (temps de pose), il faut compenser avec l’un des 2 autres paramètres pour conserver la même exposition. Sachant que chacun d’eux a un effet différent sur la photo finale.
1- la vitesse d’obturation, exprimée en fractions de seconde (ex: 1/125s), affecte donc le mouvement, que ce soit celui du sujet dans le cadre ou celui du couple boîtier/objectif.
2- l’ouverture, exprimée en fractions de la distance focale (ex : f/8, f/11 etc …), affecte la profondeur de champ, c’est à dire la zone de netteté. Plus le chiffre est grand, plus cette zone sera importante, mais en contre-partie, moins il y aura de lumière à atteindre le capteur. Et inversement, moins le chiffre est grand …
3- La sensibilité, exprimée en ISO, affecte elle, la qualité de l’image : Montée en ISO = perte de dynamique (le capteur admet moins de différence entre les hautes et les basses lumières), bruit numérique, donc l’image est moins définie. Les ISO agissent comme un amplificateur, ils ne créent pas le bruit (le grain numérique en quelque sorte), ils l’amplifient. Pour faire une analogie, c’est comme lorsque vous montez le volume de l’auto-radio, le bruit de fond qui, jusque-là était noyé dans le bruit ambiant de votre voiture, se fait plus présent.
Certes, ça peut paraitre compliqué comme ça, mais les appareils modernes sont dotés d’une cellule qui mesure la lumière réfléchie, et ils se chargent des maths, donc c’est en fait beaucoup plus simple qu’il n’y paraît.
Je savais donc qu’en utilisant le 100-400mm, je serais obligé, dans la mesure où je voulais conserver la même ouverture pour avoir suffisamment de profondeur de champ, de monter les ISO pour pouvoir monter en vitesse. L’autre inconvénient du télé-objectif est qu’il offre une grosse prise au vent. Par exemple, 400mm indique la distance entre la lentille frontale et le plan film, ou aujourd’hui le capteur. La règle de base est qu’il faut choisir une vitesse supérieure au nombre indiquant la focale. Par exemple, avec un 400mm, il faut viser le 1/500 de seconde. Après plusieurs essais avec ce vent, je me suis rendu compte que ça ne suffirait pas, d’autant que j’utilisais un multiplicateur de focale x 1,4 (ce n’est ni plus ni moins qu’une loupe que l’on monte entre l’objectif et le boîtier) qui transformait donc mon 400 en 560mm. Il fallait encore viser plus haut, au 1/640s au minimum.
Restait un autre problème, l’auto-focus. Pour que celui-ci fonctionne correctement, il lui faut du contraste et qu’il y ait suffisamment de lumière à pénétrer dans l’objectif. Le souci est que, en contre-jour, il lui est plus difficile de faire la mise au point. En ajoutant à cela le fait qu’au delà de f/8, la plupart des auto-focus sont perdus, ils ont encore plus de difficultés à faire la mise au point, et donc il leur est extrêmement compliqué de suivre un sujet en mouvement. Comme en général, j’utilise plutôt une ouverture de f/11 pour avoir plus de profondeur de champ, l’auto-focus était juste inutile. J’en suis donc venu à faire la mise au point manuellement sur une crête de vague ou un rocher, après avoir choisi ma composition. J’attendais ensuite que les vagues passent dans mon cadre et je déclenchais en rafales, d’où un nombre imposant de photos à trier après seulement quelques heures passées sur cette plage. Mais bon, c’est le principe !
Bref, après avoir pris tous ces paramètres en considération et fait quelques essais, voici le résultat :
Vous imaginez bien que ce n’est là qu’une sélection très réduite de toutes les photos prises ce soir-là. Il y a beaucoup de déchets dans ce genre photographique, plus de 90%, mais pour un premier essai, j’étais assez satisfait. Et, si les conditions le permettaient, j’avais déjà en tête de revenir le lendemain.